Trois ans plus tard, M. Couillard, où en sommes-nous avec la transparence?
Dialogue entre élus et citoyens
Suite à la parution de mon livre, en octobre 2013, intitulé Gouverner avec équité : comment mettre fin à la manipulation, j’avais publié l’article suivant sur mon blogue « Le premier ministre sur la voie de la transparence ». Je tenais alors à mettre à témoin le public, de mon initiative auprès du premier ministre sur l’existence de ce livre qui est toujours disponible pour consultation . Il traite effectivement de cette question de transparence, tant en matière de diagnostic que de solutions, le tout réparti sur plus de 450 pages. Trois ans plus tard, qu’en est-il?

Aucun accusé de réception n’a été envoyé à un citoyen qui a à cœur cette préoccupation et qui, après avoir activement œuvré pendant 30 ans dans ce domaine, a par la suite consacré plusieurs années pour approfondir le sujet. En 2014, un mémoire de 30 pages s’appuyant sur le contenu de ce livre, ainsi qu’un exemplaire du celui-ci destiné à chacun des commissaires, a été envoyé à la Commission Charbonneau, dans le but d’apporter un éclairage sur la question de la corruption. Ce mémoire a été publié sur le site de la Commission.
La volonté d’amélioration de nos règles démocratiques
Nous, citoyens, misons sur l’évidence que des actions ponctuelles, réalisées par des organismes de contrôle ou des mesures d’exception, telles la Commission Gomery, la Commission Charbonneau, la Commission Bastarache, l’UPAC et ses enquêtes policières sur des allégations de corruption entre autres, sauront nous apporter un éclairage significatif sur les dérives dénoncées et favoriser l’adoption de mesures correctives visant à prévenir leur répétition. Rien n’y fait. Malgré les dénonciations et l’indignation du public, ces écarts de conduite dans la gouvernance se répètent inlassablement, et semblent se multiplier. Pourquoi en est-il ainsi?
Tout simplement parce que les règles du jeu officielles s’inscrivent dans le cadre d’un vaste système de pensée et de moyens solidement établis et dont les mesures correctives mises de l’avant pour éliminer ces abus sont vouées au départ à une forme d’impuissance. Les véritables règles du jeu favorisent l’impunité de ceux qui en connaissent l’existence discrète et qui dans leur formulation favorisent souvent ces dérives. Il faut donc comprendre que ce système, qui perdure depuis des siècles, ne décourage aucunement la commission de tels délits puisque c’est le but recherché par ce petit nombre de personnes, soit moins de 2% de la population. Cette minorité de personnes agit dans la connaissance de règles du jeu confidentielles, et en préserve la pérennité à même l’écran des règles officielles et la bonne foi des citoyens, qui croient en la vertu et à l’efficacité de celles-ci et font entièrement confiance aux gens chargés de leur conception, de leur mise en application et de leur respect.
Les freins à une véritable transparence
Bref, on pourrait affirmer que ce système repose effectivement sur les éléments et constats suivants :
• Les délits de gouvernance sont commis par moins de 2% des dirigeants avec l’aide de leurs alliés. Ces délits sont principalement commis dans le cadre des organisations détentrices d’un pouvoir significatif censé prévaloir à la définition et au maintien des conditions qui président au juste équilibre dans la recherche des intérêts privés et des intérêts publics. On les qualifie d’organisations structurantes (gouvernements fédéraux, provinciaux, municipaux, banque mondiale, fonds monétaire international, organisation mondiale du travail …). Il existe aussi d’autres organisations, dites non structurantes, dont les efforts de gestion peuvent être entièrement consacrés au succès de l’organisation dans la production de biens ou services destinés à la vente moyennant une rémunération des coûts de production dont le profit, dans le cas des organisations capitalistes. On qualifie de tangibles ces produits ou services par opposition à la recherche du pouvoir, dans le cas des organisations dites structurantes, afin d’influencer les conditions à l’intérieur desquelles les organisations non structurantes évolueront pour maximiser leur rentabilité;
• L’autre 98% de dirigeants sont des personnes honnêtes, mais elles doivent agir dans le cadre de règles de fonctionnement définies par les représentants de l’autre 2%, d’où la forte probabilité de perte de leur privilège en cas de non-respect de ces règles (hiérarchie, dotation, nominations, systèmes d’évaluation …);
• Il y a présomption de base que les citoyens font généralement confiance à leurs dirigeants, et que tout ce qui se passe survient dans un contexte de bonne foi mutuelle entre les parties;
• L’intérêt des citoyens, en cas de choix, sera dirigé naturellement vers ce qui leur procure plaisir et détente, d’où le choix d’une abondante offre de loisirs en matière de sport et de culture leur laissant ainsi encore moins de temps pour s’informer sur le fonctionnement réel du système;
• Le système officiel s’appuie sur le fait que la grande part des citoyens ne prend pas le temps de s’informer lorsque survient un certain niveau de complexité et qu’ils vont faire confiance à leurs dirigeants faute d’intérêt et de temps pour obtenir l’éclairage nécessaire à la compréhension de la réalité. Les médias favorisent grandement ce désintéressement de l’essentiel démocratique du fait qu’ils appartiennent de plus en plus à des intérêts privés ou qu’ils sont au service d’une idéologie centralisatrice du pouvoir. De ce fait, ils deviennent le prolongement des lobbys qui assument généralement le pouvoir réel d’où le manque d’intérêt des gouvernements pour une véritable écoute du citoyen. Les enjeux sont ailleurs et inavouables. Dans ce contexte, les médias participent largement à cette forme de désintéressement contrairement à leur mission fondamentale annoncée du fait qu’ils sont censés former un quatrième pouvoir indépendant. Ils informent abondamment les citoyens sur les faits divers, sur la culture, sur les sports et traitent généralement des considérations politiques avec un préjugé favorable envers ceux qui détiennent le pouvoir. Bref, la plupart de ceux qui y travaillent doivent exercer leurs fonctions dans un contexte de conflits d’intérêts où les véritables règles de fonctionnement assurent le triomphe de ceux qui en contrôlent la définition et la mise en application;
• Les règles du jeu (lois, règlements, moyens…) qui régissent le fonctionnement des organisations sont établies, à même un système protégé qui prend appui sur la confidentialité, par les représentants du 2% de dirigeants qui sont généralement et indirectement à l’origine de ces délits. Le règlement de ces délits tient compte de cette pratique de délinquance pour rendre les règles sujettes à interprétation dans chaque cas d’espèce. Les règles relatives au règlement de ces conflits, rédigés par des experts recrutés par les représentants du 2%, sont nombreuses et appliquées de façon discrétionnaire par les agents de la justice dont les têtes dirigeantes sont généralement nommées par le pouvoir exécutif. En dépit des apparences de séparation des pouvoirs et devant des situations souvent incompréhensibles, comme en font foi les résultats de commissions d’enquête et le comportement des parlementaires quant aux suites à donner à leurs recommandations, ça renforce l’hypothèse de l’existence de passerelles subtiles entre les différents niveaux de pouvoirs et le recours systématique et abusif à des impératifs de confidentialité afin de rendre la constitution de preuves hors de tout doute pratiquement impossible. Malgré les apparences, les serments d’allégeance, la hiérarchie, le respect de l’autorité, le contrôle des nominations, la recherche d’un consensus via les apparences de parlements , la légalisation du lobbying et le recours à la corporation comme véhicule de gestion du fait qu’elle favorise la déresponsabilisation sont autant de moyens entre autres qui, ensemble, rendent possibles des merveilles en la matière et permettent à quelques individus liés au 2%, de mener les transformations pour maintenir la poursuite de leurs intérêts;
• Le système judiciaire, hormis la déclaration officielle à l’effet qu’il est censé être indépendant des pouvoirs législatif et exécutif, agit dans le cadre de règles du jeu discrétionnaires pour ceux qui les appliquent mais qui demeurent méconnues du grand public. Ainsi, le système judiciaire, dans son fonctionnement, donne l’impression d’afficher une plus grande clémence en faveur des 2% des dirigeants et leurs alliés et de choisir de sanctionner des délits commis par les 98% des personnes honnêtes, pour aller jusqu’à en faire des cas d’exemplarité, lorsque nécessaire;
• Le recours à la confidentialité, voire la non-transparence, constitue l’élément de base aux détenteurs du pouvoir, pour maintenir le seuil d’indignation des citoyens à un niveau acceptable, voire contrôlable;
• La peur constitue enfin l’autre moyen pour maintenir le citoyen en état d’assujettissement et d’asservissement. Dans ce système, on valorise obligatoirement la notion de gagnant/perdant plutôt que celle de gagnant/gagnant. Ainsi, nos gouvernements, que je qualifie d’organisations structurantes, adoptent des lois et des règlements qui ont pour effet de favoriser la loi du plus fort, selon les critères que nous accordons à cette force soient les détenteurs de l’argent, de la force physique, de l’autorité, du sexe ou de la scolarité, pour n’en nommer que quelques-uns. Bien entendu, les agents chargés d’appliquer la justice s’appuient sur ces fondements pour trancher les conflits et désaccords entre les parties. Nos informations médiatiques, d’où qu’elles proviennent, ne manquent pas de faits divers illustrant ces dérives qui semblent avantager la plupart du temps les plus fortunés au détriment des moins bien nantis, d’où la montée d’un fort sentiment d’injustice dans la conduite de nos organisations structurantes.
Mettre fin à ce pouvoir parallèle occulte antidémocratique
Tant que nous fonctionnerons collectivement dans le cadre des règles du jeu du système de pensée actuel, il n’y aura pas de solution possible. La situation actuelle favorise la réussite du 2% de dirigeants et de leurs alliés, responsables de la plupart des problèmes de corruption.
On peut s’affirmer être ouvert à la transparence, mais, comme c’est souvent le cas et pour des raisons discutables, ne pas vouloir favoriser cette transparence. La véritable question à se poser : pourquoi cacher les fondements réels de notre prise de décision et tant recourir à la confidentialité si ce n’est qu’ils découragent l’établissement de « preuves hors de tout doute » et que cette divulgation aurait pour effet d’indigner les citoyens-électeurs dont le vote est essentiel pour maintenir une façade démocratique? Ce sont là des éléments qui font partie des 45 facteurs identifiés dans mon livre . L’ensemble de ces 45 facteurs, érigés en un brillant système, permet le maintien de ce système de pensée et nous aide à comprendre aussi pourquoi plus de la moitié de la richesse planétaire appartient à moins de 2% de la population et tout cela devant la quasi-impuissance de ce qu’on appelle des gouvernements supposément au service des citoyens. Ils sont dans les faits le prolongement de ceux qui président à l’élaboration discrète des conditions de la réussite du monde économique. On se targue de vivre dans des états de droit, dit démocratique, mais en creusant l’analyse, une grande part de nos gouvernements actuels ne mérite aucunement les qualificatifs de ‘gouvernance morale et équitable’, desservant l’ensemble des citoyens qui en financent pourtant le fonctionnement. Au contraire, les citoyens qu’ils sont censés desservir subissent lourdement les effets du détournement de leur mission au profit de puissants lobbys qui les maintiennent dans ce type de pouvoir.
Pour sortir de cette impasse, nous avons à remettre en question notre façon d’agir. Dans un premier temps, nous devons assumer le fait que nous sommes tous responsables de ce que nous faisons et de ce qui nous arrive. Le silence et la complicité ne règlent rien. Il nous appartient, individuellement, de prendre les moyens pour nous assurer que les actions de chacun d’entre nous soient conformes à des lois naturelles et universelles par opposition à des lois d’intérêts humains. Il appartient aussi à chacun d’entre nous de s’assurer que les conditions d’élection de nos parlementaires s’assurent d’écarter les puissants lobbys de la gestion de l’État, dont manifestement les intérêts ne coïncident pas avec ceux de l’ensemble des citoyens.
Nous pouvons déjà prendre conscience ainsi que le défi est imposant dans un contexte où, ce sont les intérêts des partis politiques qui constituent les seuls choix des électeurs. On peut fort bien s’imaginer que le choix des chefs de partis, via la magie du financement des partis, est fortement influencé par les bailleurs de fonds. La logique veut que ce n’est certainement pas les pauvres qui sont en mesure d’alimenter le financement des partis politiques, mais davantage ceux qui détiennent l’argent des contributions politiques. Le système électoral américain, dont les citoyens n’ont d’autres choix qu’un des deux partis qui se partagent le pouvoir et qui dépendent des contributions politiques, nous en fait présentement ressortir toute l’horreur au détriment de l’intérêt supérieur des citoyens américains.
Alors, comment améliorer nos règles démocratiques dans un tel système, où la non-transparence constitue l’arme principale pour justement détourner l’État de sa véritable mission? Cette dernière consiste essentiellement à desservir les intérêts de l’ensemble des citoyens par l’adoption et l’administration de règles qui garantissent un juste équilibre dans la gestion des intérêts individuels et collectifs. Rien d’autre.
Tout un défi, n’est-ce pas? Mais, collectivement, on peut le relever.
Et vous, qu’en pensez-vous? Faites-moi connaître vos commentaires. J’y reviendrai dans d’autres chroniques.
Gilles Gagnon
21 décembre 2017
Courriel : gi.ga@videotron.ca
Blogue : www.gillesgagnontransparence.com

Le Premier Ministre sur la voie de la transparence

J’ai entendu plusieurs fois M. Philippe Couillard parler de transparence depuis son élection comme Premier ministre du Québec. Présumant de sa bonne foi, j’ai donc décidé de lui adresser une copie officielle de mon livre Gouverner avec équité: comment mettre fin à la manipulation. Car il aura à coup sûr besoin d’outils pour changer cette culture ambiante qui rend l’électorat  à la fois sceptique et cynique. Pour laver plus blanc que blanc, un homme seul ne suffit pas. Alors que j’ai constaté que 98 % des gens sont honnêtes, force m’est de constater que 2 % des postes dans toutes les organisations servent les intérêts de personnes à l’éthique douteuse, flexible ou inexistante.

Je viens de publier un essai sur la transparence, sujet dont tout le monde parle, mais pour lequel les solutions efficaces semblent difficilement envisageables selon la plupart d’entre eux. Au contraire, des années de travail m’ont permis de tester des outils de gestion qui peuvent permettre une réelle culture de la transparence parce que tous les acteurs d’une organisation en prennent la mission individuellement et collectivement. Fini le temps où le 98 % reste bâillonné et passif !

De nombreux facteurs contribuent au détournement de la mission de nos organisations au profit des intérêts personnels.  Au même titre que l’omerta constitue le ciment qui permet à la mafia de maintenir son emprise sur les individus d’un territoire, le manque de transparence et la confidentialité constituent la zone grise qui permet aux dirigeants de nos organisations d’en détourner subtilement la mission et souvent aussi les fonds. D’où l’importance d’apporter une solution satisfaisante à ce fléau en adoptant l’outil CADRE DE GESTION DE LA TRANSPARENCE® dont il est question dans le livre qui est actuellement entre les mains de M. Couillard.

Je me prends à rêver que tous les élus anciens et nouveaux auraient, comme au temps de nos études, une lecture obligatoire à faire au moment de prêter serment de servir l’État.

Parler de transparence, c’est bien, facile et rassurant, mais ça ne suffit pas. À voir défiler les témoins de la Commission Charbonneau, on n’a pas du tout le goût d’applaudir. Oui, la solution à ce virus existe maintenant. Tous devraient adopter cette attitude et insister pour que la démocratie passe par l’implication des gens honnêtes. Vous et moi devons cesser de nous taire ! Tant que les politiciens et les dirigeants s’en tiendront aux discours, les citoyens, contribuables et consommateurs que nous sommes continueront d’être floués, ignorés, trahis et dépossédés.

La mobilisation commence par la connaissance des enjeux. Lire l’essai Gouverner avec équité permet d’adresser ensuite des demandes précises à nos élus, à nos dirigeants et nos organisations. Cessons d’être des complices muets : Exigeons du Premier Ministre et de tous un engagement concret afin que le Québec devienne un symbole de transparence.

Gilles Gagnon, consultant et auteur ( www.gillesgagnontransparence.com)

«  Gouverner avec Équité: Comment mettre fin à la manipulation », Éditions Véritas Québec

Distributeur : Édipresse/ dans toutes les librairies/ et en numérique

www.editionsveritasquebec.com  Entrevues/Conférences : 418-704-3671